Van Gogh  le suicidé de la société d’Antonin Artaud est un livre paru  en décembre 1947 chez K Éditeur. Antonin Artaud écrit ce texte après avoir visité une exposition consacrée au peintre au Musée de l’Orangerie. Dans ce texte, Artaud s’insurge contre le jugement tenu par la société sur la santé mentale de Van Gogh. Selon lui, la société voulait empêcher le peintre d’émettre « d’insupportables vérités ». Antonin Artaud fait en réalité  de la violence de Vincent Van Gogh la réponse à l’obscénité haineuse du monde et des psychiatres. D’après lui, l’artiste  s’est tué parce qu’il ne pouvait plus supporter ce délire auquel on l’associait en permanence.

Ce livre présente en réalité la rencontre de deux suicidés de la société qui ont tous les deux une folie créatrice. Dans ce texte,  Artaud rend hommage à celui qu’il considère comme son alter-égo dans le domaine pictural. Grâce au texte d’Artaud, une nouvelle analyse des œuvres  de Van Gogh nous est donnée et, le texte appuyant l’image la rend plus puissante encore, la sublime. A l’image des toiles de Van Gogh, le texte d’Artaud est lui-même pris de convulsions. Chaque ligne semble en mouvement, serpente entre les tableaux et propose une correspondance avec les œuvres du peintre.

Au sujet du fameux Champ de blé aux corbeaux, Artaud écrit : « J’entends les ailes des corbeaux frapper des coups de cymbale forte au-dessus d’une terre dont il semble que Van Gogh ne pourra plus contenir le flot. »  Pour l’écrivain,  ce tableau ouvre à la peinture un au-delà et a une puissance symbolique.  Dans cette toile, Van Gogh livre un paysage rural tourmenté aux dimensions déformées et, dans lequel, trois chemins traversent le champ avant de disparaître à l’horizon.  Estimé comme le dernier tableau de Van Gogh, Artaud  voit  dans cette toile l’annonce de la mort du peintre quelques jours après et souligne la puissance symbolique du tableau qui  dépasse selon ses dires la simple représentation.

Trois chemins traversent le champ et s’y perdent. D’eux d’entre eux disparaissent hors du champ tandis que, le chemin central semble rejoindre l’horizon menaçant. Le ciel occupe un tiers du tableau alors que le champ en occupe les deux tiers. Les traits sont nerveux et se juxtaposent donnant ainsi une illusion de mouvement. Les blés quant à eux semblent secoués par le vent. Il est impossible de savoir si cette scène se déroule en plein jour ou la nuit. Le format de la toile est également étonnant. La toile est d’une hauteur réduite qui semble écraser et déformer le paysage. Les tons, marron, jaune, bleu, vert, prédominent la scène dans laquelle  le temps semble figé.  Artaud ne s’attarde pas beaucoup sur la composition du tableau mais,  s’attarde considérablement autour des corbeaux et voit dans ce paysage l’annonce de la mort du peintre. Aux traits de Van Gogh répondent les lignes d’Artaud.  Artaud  dissèque presque géologiquement le tableau mais ne dit rien des techniques utilisées. Dans son texte,  celui-ci note dans un premier moment, l’opposition entre deux couleurs : le lie-de-vin de la terre et le jaune sale des blés. Il  souligne également le noir particulier dont use Van Gogh  pour peindre ses corbeaux. Ce noir est à la fois selon Artaud un noir agréable  associé aux truffes ou encore au ‘’ gueuleton ’’ mais également, un noir excrémentiel. Les corbeaux sont pour l’écrivain l’expression des microbes qui hantent Van Gogh jusque dans sa rate.

Le ciel,  bien que bleu, est selon l’écrivain un ciel d’orage auquel se mêle « une suffocation d’en haut. » Artaud parle de la lumière descendante du soir et pose ainsi une temporalité précise : celle du crépuscule, un crépuscule artistique qui répond à celui du peintre qui vit ses derniers jours. La terre devient  ainsi sous la plume d’Artaud « un linge sale, tordu de vin et de sang trempé. » Ce sang correspond au « lie-de-vin de la terre » mais, il peut aussi être aussi symboliquement le sang de l’artiste. En effet, la référence au vin et au sang  peut faire penser au Christ mais est aussi un jeu de mot autour du prénom de l’artiste.  Vincent Van Gogh est en réalité le martyr cloué à son tableau et son art.

Dans son texte, Artaud  donne une nouvelle vision de ce tableau  et y pressent l’annonce de la mort du peintre. Toutefois, ce Champ de blé hanté par des corbeaux est un paysage où s’affronte des tensions : les couleurs, la mort et la vie ou encore,  la nuit et le jour. Cette toile est une convulsion : la dernière  d’un artiste qui va se donner la mort quelques jours plus tard. La présence des corbeaux  qui sont des animaux de mauvaise augure peut également évoquer aux spectateurs ‘’ Le corbeau ‘’écrit par Edgar Alan Poe ; menacé lui aussi par la folie.  Poe écrit « Les hommes m’ont dit fou, mais la question reste ouverte : la folie est-elle ou n’est-elle pas la forme suprême de l’intelligence ?  »  Au tableau d’un enchanteur de la nature et des objets répond le texte d’un enchanteur des mots.

Artaud  subit des séries d’électrochocs lors d’internements successifs  et passe les dernières années de sa vie dans des hôpitaux psychiatriques.  Cette douleur de Van Gogh vient faire écho à la sienne. Il s’interroge sur cette société qui condamne ses génies à la camisole, et qualifie les toiles  de  « feux grégeois », de terribles coups de boutoir », de « chant d’orgue » ou encore, de « feux d’artifice ». A l’image des toiles de Van Gogh, le texte de l’écrivain est un feu grégeois, un cri contre la société.

 

Elise

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